Intervention de CHRISTOPHE DARMANGEAT, le 14 février 2026.
Relancé il y a une trentaine d’années, le débat sur l’ancienneté de la guerre dans l’espèce humaine ne cesse depuis lors de voir s’opposer « colombes » et « faucons ».
Selon les premières, la guerre authentique ne constituerait qu’un effet plus ou moins lointain de la sédentarisation, de l’accumulation des richesses et de la hiérarchisation des sociétés. Selon les auteurs, son apparition est ainsi datée du Mésolithique, du Néolithique ou, plus souvent, de l’âge du Bronze – cette période étant supposée marquer l’apparition de combattants professionnels et d’un armement spécifiquement homicide. Toutefois, certains vont jusqu’à considérer que la guerre constitue par essence un phénomène propre à l’Etat et qu’elle ne saurait exister avant l’édification de celui-ci.
Inversement, un autre courant de pensée, principalement présent dans le monde anglo-saxon, plaide pour une origine bien plus ancienne, remontant au moins aux sociétés de chasseurs-cueilleurs, si ce n’est aux espèces de primates préhumaines.
Ce débat difficile entre évidemment en résonance avec nos préoccupations actuelles, ce qui peut contribuer à biaiser l’enquête strictement scientifique : on peut avoir le sentiment que faire remonter la guerre à des origines lointaines conduit à affirmer son inéluctabilité à l’avenir, et être tenté de raisonner à rebours, en fonction de la conclusion souhaitée.
Quoi qu’il en soit, la recherche se heurte à deux difficultés principales.
La première, bien connue des archéologues, est liée à la rareté ou à l’ambiguïté des traces matérielles laissées par ces conflits. Si tout le monde s’accorde à dire que plus on remonte dans le temps, moins ces traces sont nombreuses, se pose la lancinante question de déterminer dans quelle mesure l’absence de preuves peut être tenue comme une preuve de l’absence. La seconde difficulté, moins souvent perçue, tient au fait que les humains se sont combattus de maintes manières et pour maintes raisons, souvent fort éloignées de celles qui nous sont familières. En se focalisant sur la seule « guerre » primitive, et en supposant que celle-ci était nécessairement motivée par les raisons qui sont celles de nos propres sociétés, on commet une faute d’ethnocentrisme, et l’on écarte à tort bien d’autres possibilités.
L’exposé abordera donc ces questions en s’appuyant notamment sur l’immense masse des observations ethnologiques dont il proposera une lecture nouvelle susceptible d’éclairer, fut-ce partiellement, les données archéologiques.

CHRISTOPHE DARMANGEAT
Anthropologue social, Université Paris Cité
