DU XVIIe SIÈCLE À NOS JOURS.
Intervention d’ Adèle AKAMATSU, le 10 avril 2027.
Une simple ligne droite qui s’impose au rebord du plateau de Saint-Germain-en-Laye et souligne la lisière de la forêt : c’est, sur un plan daté vers 1669, le projet d’André Le Nôtre pour la Grande Terrasse. Il est retenu contre le dessein de Louis Le Vau d’une promenade en plusieurs sections qui suivaient le relief du plateau. Par la création des parterres et le tracé de l’allée des Loges, Le Nôtre a déjà complètement transformé les jardins du château de Saint-Germain-en-Laye lorsque débute l’aménagement de la Grande Terrasse qui surplombe la Seine. D’importants travaux de terrassement et de maçonnerie, l’achat de terres et des coupes d’arbres sont nécessaires pour soumettre le terrain au savant parti de Le Nôtre. Des jeux d’optique semblent raccourcir la promenade qui s’étire réellement sur plus de deux kilomètres. Tandis qu’à lire le mémorialiste Saint-Simon, les parterres n’étaient destinés qu’à s’y promener des yeux, l’expérience de la Grande Terrasse engage le corps : à chaque pas s’y déploie un nouveau paysage, recomposé à l’allure de la déambulation. La ligne incisive tracée par Le Nôtre lie de manière novatrice le jardin à son site.

La Grande Terrasse « est en même temps un monument et de la magnificence de Louis XIV, et du mérite de Le Nôtre », écrit Antoine-Nicolas Dezallier d’Argenville au milieu du XVIIIe siècle. Rien n’y est cependant figé : c’est un axe de circulation et un lieu de promenade, dont la population réclame la restitution en 1795, lorsque des parcelles en sont mises en location. Elle attire ainsi voyageurs venus de loin, tel James Fenimore Cooper, qui arrive en Europe en 1826 et admire « l’ampleur tout à fait magnifique » du lieu, ou habitants des environs – à partir de 1847, le chemin de fer conduit Parisiens et Parisiennes au pied du château. Le site et la vue sont prisés des artistes, de William Turner à Maurice Denis.

Exigeante en entretien, remaniée et adaptée aux usages, la Grande Terrasse offre, de la fin du XVIIe siècle à nos jours, des points de vue changeants et renouvelés sur le domaine et son site. Archives, plans, sources iconographiques et artistiques, récits de voyage et articles de presse permettront ainsi de croiser plusieurs histoires : celle de la gestion environnementale et architecturale de ce lieu singulier ; celle des regards induits par le site, depuis Le Nôtre jusqu’à l’invention d’un regard panoramique sur le paysage ; l’histoire de la Grande Terrasse et de son amorce, la Petite Terrasse, comme lieux de sociabilité et destinations touristiques accueillant embellissements et aménagements modernes.
La Grande Terrasse est aussi le laboratoire d’une conscience patrimoniale qui touche non seulement à l’héritage de Le Nôtre, mais aussi à la préservation du paysage, et qui se traduit par sa protection en 1933 au titre des sites.
ADÈLE AKAMATSU
Conservatrice du patrimoine au musée d’Archéologie nationale, pour le château, le domaine et les collections historiques
