Intervention de FANNY BOCQUENTIN, le 12 septembre 2026.
Le Proche Orient connait à la fin du Paléolithique une trajectoire singulière qui va avoir un impact décisif sur l’avenir de cette région et de l’ensemble de l’Europe. Les communautés de chasseurs-cueilleurs jusqu’alors mobiles, se fixent sur un territoire et érigent les tout premiers hameaux. Les Natoufiens sont les auteurs de cette bascule effectuée il y a 15000 ans au Levant. Les premiers vestiges de ces communautés de chasseurs-cueilleurs sédentaires ont été découverts il y a près d’un siècle dans le Wadi-en-Natuf par D.A.E. Garrod dont le MAN conserve les archives scientifiques.

Grâce à une matérialité désormais cumulative sur un même lieu, les sites archéologiques natoufiens livrent les traces d’une période où le foisonnement des interactions sociales est palpable et où les changements culturels et biologiques se lisent à l’échelle de quelques générations à peine. Au fil du temps, la sédentarité transforme durablement les sociétés qui adoptent des stratégies de subsistances, des systèmes techniques, des modes de mobilité et d’échanges, des expressions identitaires bien spécifiques qui, s’ils n’excluent pas un retour au nomadisme périodique, inscrivent néanmoins ces derniers chasseurs-cueilleurs dans une dynamique évolutive nouvelle. Les premières communautés agricoles qui se mettent en place au début du Néolithique en sont les héritières. Ce sont elles qui, après quelques millénaires d’expérimentation locale de ce nouveau mode économique et social, partiront à la conquête de l’Europe façonnant les fondements de notre société. Dans cette fresque évolutive où processus de longue durée et sauts adaptatifs se côtoient, la frontière entre Paléolithique et Néolithique se brouille.

Il sera question ici d’exposer les avancées les plus récentes dans l’identification et la compréhension de ce processus de sédentarisation. On reviendra sur les modalités et les rythmes des changements observés dans la production artisanale, le bâti, l’organisation du hameau et la relation aux communautés voisines. On s’intéressera aussi au rôle donné aux défunts dans cette nouvelle configuration des territoires et de l’habitat et aux témoignages que ceux-ci nous livrent encore sur les caractéristiques biologiques de ces premiers sédentaires.

FANNY BOCQUENTIN
Chargée de Recherche au CNRS
UMR 8068 Technologie et Ethnologie des Mondes PréhistoriqueS (TEMPS)
Après la conférence, Fanny Bocquentin dédicacera son ouvrage : La mort à l’œil nu (CNRS éditions, 2023)
