Intervention de Murielle GEORGES-LEROY, le 14 novembre 2026.
L’archéologie forestière n’est pas une discipline récente. Elle a été mise en œuvre dès les années 1970 en Picardie par exemple. Toutefois, sa place est restée longtemps marginale du fait des difficultés à explorer ce milieu contraignant. Elle a connu une véritable révolution dans les années 2000-2010 avec l’apparition d’une nouvelle technique de télédétection aérienne, le lidar, particulièrement bien adaptée au repérage des microreliefs sous la forme desquels sont conservés les vestiges archéologiques en forêt. En parallèle, se sont également développées des études pluridisciplinaires associant archéologues et environnementalistes et portant notamment sur l’impact des occupations anciennes sur la biodiversité actuelle. Ont ainsi été combinées télédétection, prospections au sol, sondages, mais aussi études d’écologie historique (analyses de sol, relevés botaniques) ou analyses spatiales.

d’après le modèle numérique de terrain
LIDAR Haute Définition (IGN)
L’EXEMPLE DE LA LORRAINE.
À partir d’exemples de travaux menés depuis une trentaine d’années en Lorraine, dans une région qui a été pionnière dans ces domaines, sera abordé l’apport de l’archéologie forestière à la connaissance plus particulière des campagnes gallo-romaines. Cet apport a été fondamental pour plusieurs aspects. Grâce à la capacité de la forêt à avoir préservé depuis 2000 ans des vestiges agraires et parcellaires sur des centaines ou des milliers d’hectares, on a pu changer d’échelle d’analyse, en ne s’occupant plus seulement des sites, mais également de l’ensemble du paysage intersites (parcellaires, réseau viaire) ainsi que des espaces exploités anciennement. Ont ainsi pu être mises en évidence des « terres marginales » nouvellement exploitées dans le cadre d’une économie rurale en expansion.

La connaissance de l’évolution de l’occupation du sol a également été renouvelée. Ces études en forêt ont aussi révélé des types d’habitat alors moins connus qui existaient aux côtés des villae. Des habitats groupés de type hameau ou village ont ainsi été identifiés, ainsi que des groupements de fermes insérés au cœur de ces terroirs.
MURIELLE GEORGES-LEROY
Conservatrice générale du patrimoine, inspectrice des patrimoines, collège archéologie, ministère de la culture.
UMR 6249 Chrono-environnement
